Par EL ALAOUI Benyamine
Ah, la sublime constance de la presse algérienne! Cette école de créativité où, dès qu’un contradicteur pointe le bout de son nez, on ressort du tiroir la panoplie du parfait petit soldat idéologique: étiquette «traître», «suppôt du Makhzen», «agent de la DGST/DGED»… Et hop ! Le tour est joué, Plus besoin de réfléchir, ni d’argumenter, on colle une étiquette, et le poisson est vendu.
Dernière illustration en date, la prise d’otage médiatique de l’avocat franco-marocain Moulay Abdeljalil Essakali dalil, accusé du crime suprême (défendre un client), en l’occurrence, Hichem Aboud, cet éternel cauchemar des rédactions algériennes, et là, c’est le feu d’artifice habituel, on nous serine que Me Essakali est un «avocat proche des cercles du pouvoir de Rabat» Ah bon ? Et pour quelle raison éblouissante ? Parce qu’il est marocain ? Parce qu’il exerce aussi au Maroc ? Suivant cette logique implacable, tout avocat français serait automatiquement un agent de l’Élysée, tout médecin tunisien un espion de Carthage, et tout plombier belge un informateur du Roi. Les Algériens auraient-ils inventé la «culpabilité par nationalité». Quant à son intervention dans cette affaire, elle semble, selon nos censeurs préférés, «ne pas relever du simple hasard judiciaire», mais quel complot ! Imaginez un avocat qui défend son client, hallucinant, non ? C’est à peine plus choquant que de voir un boulanger vendre du pain… Mais le sommet du grotesque est atteint avec ces «preuves irréfutables» dont parle l’article de “algeriepatriotique”, on les cherche dans les colonnes… Rien. Pas un fait, pas une capture d’écran, pas un commencement de commencement de preuve, juste du vent, de la certitude rageuse, et cette fameuse «méthode Algérie», quand on ne peut pas gagner le débat, on assassine l’homme.
«Agent de Rabat», «Fils de goumier», «Collabo»… Le vocabulaire est tellement pauvre qu’il en devient poétique, on dirait du théâtre de boulevard version junte nostalgique, chaque éditorialiste devient un procureur stalinien en herbe, distribuant les brevets de trahison à tour de bras, pendant ce temps, la réalité juridique, le droit à un avocat, la présomption d’innocence ? Tout cela est balayé par une seule obsession, désigner le «doigt du Makhzen» partout, même dans sa propre tasse de café du matin. Et dire que ces mêmes médias s’étonnent que personne ne les prenne au sérieux… Comment prendre au sérieux des gens qui voient un agent dormant dans chaque avocat marocain, un complot sécuritaire dans chaque procédure judiciaire, et le diable en personne derrière la moindre critique ? Un conseil, mes chers confrères algériens, arrêtez de vouloir absolument pendre vos propres échecs politiques au cou du Maroc, la psychose a ses limites, et quand on a passé trente ans à accuser le «Makhzen» de tous ses malheurs, il serait peut-être temps de se regarder dans un miroir… à condition de ne pas y voir aussitôt un agent du contre-espionnage ennemi…
En attendant, Me Essakali continuera de défendre ses clientsa, et les lecteurs intelligents, eux, continueront de sourire devant cette énième crise de fièvre médiatique algérienne, devenue, il faut bien l’avouer, un spectacle désespérément prévisible et involontairement comique.

