Tribune de Nassim COHEN / Journaliste Franco-Marocain
L’enquête diffusée hier par la chaîne française france•tv•2, a agi comme un électrochoc en exposant des éléments troublants sur des soupçons d’ingérence étrangère attribués au régime algérien, elle a replacé au cœur du débat public une question longtemps traitée à voix basse, celle de la capacité d’un État autoritaire à projeter ses méthodes de surveillance et de pression au sein même des institutions d’une démocratie comme la France, ce travail journalistique, étayé par des témoignages et des recoupements, ne prétend pas rendre un verdict judiciaire, mais il ouvre une brèche dans le récit officiel.
Ce qui frappe, au-delà des faits rapportés, c’est la logique décrite par l’enquête, une stratégie fondée sur l’influence diffuse, l’infiltration présumée de cercles institutionnels et médiatiques, et la collecte d’informations sur des individus jugés 《sensibles》, selon cette lecture, l’objectif ne serait pas l’affrontement frontal, mais l’anticipation, le contrôle et, parfois, l’intimidation silencieuse, une méthode qui, si elle était confirmée, révélerait un usage cynique des espaces ouverts qu’offre l’État de droit… La séquence consacrée aux opposants algériens installés en France, et notamment au jeune activiste connu sous le nom d’Amir DZ, illustre cette dérive inquiétante, l’enquête ne conclut pas à une responsabilité pénale établie, mais elle met en lumière un climat de pression et de surveillance ressenti par plusieurs figures critiques du régime algérien, ce constat pose une question essentielle, la France protège-t-elle suffisamment ceux qui, sur son sol, exercent leur liberté d’expression contre des pouvoirs qui la répriment ailleurs ?
En réalité, ce dossier dépasse largement le cadre des relations franco-algériennes, il interroge la vulnérabilité des démocraties face à des stratégies d’influence transnationales de plus en plus sophistiquées en rendant ces pratiques visibles, le travail journalistique diffusé hier oblige les responsables politiques et institutionnels à sortir du déni Car défendre la souveraineté, ce n’est pas seulement protéger des frontières, c’est aussi garantir que les institutions, l’information et les libertés publiques ne deviennent jamais les angles morts d’ingérences étrangères.

