Dr QORIA Anouar – Médias et Politiques internationale
Deux ports, une même ambition, faire du Maroc un nœud incontournable du commerce mondial, au Palais royal de Rabat, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, a présidé une séance de travail consacrée à l’avancement du complexe portuaire et industriel Nador West Med, dont le premier terminal entrera en exploitation dans les tout prochains jours, la même séance a donné le coup d’envoi de la réalisation de Tanger Med 3.
Ces deux annonces ne relèvent pas de la simple actualité des chantiers, elles traduisent une vision royale constante, doter le Royaume d’un système portuaire performant, capable de renforcer sa compétitivité au moment où les chaînes de valeur mondiales se recomposent.
1- Nador West Med: la Méditerranée orientale entre en scène
Avec 54 milliards de dirhams d’investissements publics et privés, Nador West Med est l’un des chantiers les plus lourds de la décennie, son premier terminal offrira une capacité de 3,5 millions de conteneurs et entre en service dans les prochains jours, l’enjeu dépasse le seul trafic maritime, le projet est conçu comme un complexe portuaire et industriel, destiné à attirer des activités productives sur la façade méditerranéenne orientale, c’est un levier de rééquilibrage pour une région longtemps restée en marge des grands pôles économiques du Royaume.
2- Tanger Med 3: cap sur le top 10 mondial
Tanger Med 3 ajoutera jusqu’à 4,5 millions de conteneurs par an à la capacité du complexe, la capacité totale de Tanger Med atteindra ainsi 20 millions de conteneurs, ce qui le placera parmi les dix premiers ports du monde, pour un port situé sur le détroit de Gibraltar, l’un des passages maritimes les plus fréquentés de la planète, ce saut d’échelle change la donne, tanger Med ne se contente plus d’accompagner les grandes routes Est-Ouest, il s’impose comme une plateforme de référence entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
3- Une vision de long terme face à la recomposition mondiale
Le calendrier n’est pas anodin, pandémie, tensions géopolitiques, perturbations des routes maritimes, les grandes entreprises cherchent à raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement et à rapprocher la production de leurs marchés, c’est le mouvement du nearshoring, dans ce contexte, le Maroc avance un argument rare, la proximité immédiate avec l’Europe, une ouverture sur l’Afrique et l’Atlantique, et des infrastructures déjà éprouvées, le succès de Tanger Med, adossé aux zones industrielles automobiles et aéronautiques du Nord, a démontré que le port pouvait être le moteur d’un écosystème industriel complet, nador West Med prolonge cette logique vers l’Est, ensemble, les deux complexes dessinent une façade méditerranéenne intégrée, pensée non comme une addition de quais mais comme un système portuaire national cohérent, c’est là la marque d’une stratégie conduite sur le temps long sous l’impulsion du Roi Mohammed VI.
4- Des ports au service des territoires et de la jeunesse
Le message le plus politique de la séance tient en une exigence, Sa Majesté Le Roi a insisté pour que toutes les provinces concernées et les populations locales bénéficient des retombées de ces projets, cette consigne répond à une critique classique des grands chantiers, des infrastructures de rang mondial qui créent de la valeur sans toujours irriguer leur environnement immédiat, en plaçant les territoires au cœur du dispositif, la vision royale fait du port un outil de développement régional, et pas seulement un actif logistique, le second levier est humain, le Souverain a appelé à accélérer les programmes de formation pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes, un port moderne a besoin de techniciens, de logisticiens, d’opérateurs et d’ingénieurs, si la région forme ces profils, l’emploi créé restera local.
5- Les défis à relever
L’ambition est claire, sa réussite se jouera sur l’exécution, trois points mériteront une attention particulière :
• Remplir les capacités, un port se juge à son trafic, pas à ses quais, nador West Med devra attirer armateurs et industriels dans une Méditerranée où la concurrence entre hubs est vive.
• Mesurer les retombées locales, l’exigence royale d’un bénéfice pour les territoires appelle des indicateurs concrets, emplois créés, entreprises locales intégrées, services publics renforcés.
• Aligner formation et besoins, les programmes de formation devront suivre le rythme des chantiers, pour que les jeunes de la région soient prêts quand les postes s’ouvrent.
6- Conclusion: le Maroc choisit d’être un carrefour
Avec Nador West Med et Tanger Med 3, le Maroc ne se contente pas d’agrandir ses ports, il affirme sa place sur la carte des échanges mondiaux. Sous le règne du Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, l’infrastructure est devenue un instrument de souveraineté économique et d’influence régionale, la vraie mesure du succès, cependant, se lira loin des grues et des terminaux, dans les emplois des jeunes de Nador, de Tanger et des provinces voisines, c’est là que la vision portuaire du Royaume prendra tout son sens.

