Des investigations judiciaires menées en Espagne ont conduit au démantèlement d’un réseau international soupçonné d’avoir organisé le transfert illégal de grandes quantités de déchets textiles du Maroc vers le sud de l’Espagne. Le parquet spécialisé d’Algeciras a décidé d’engager des poursuites contre deux personnes et deux sociétés commerciales, soupçonnées d’avoir introduit près de 1 800 tonnes de déchets textiles sur le territoire espagnol sans les autorisations environnementales requises.
Selon les informations relayées par les médias espagnols, le principal suspect aurait organisé, entre la fin de l’année 2022 et le milieu de l’année 2023, quarante-quatre opérations de transport de déchets textiles à travers le détroit de Gibraltar. Les cargaisons auraient transité par le port de Tanger Med puis par le port d’Port of Algeciras avant d’être stockées dans des entrepôts industriels non autorisés dans le sud de l’Espagne.
Les sources indiquent que les expéditions étaient principalement composées de résidus de tissus, de fibres synthétiques et de mousse industrielle issus de l’activité des usines textiles. Les enquêteurs soupçonnent une manipulation des déclarations douanières et des documents accompagnant les conteneurs afin d’éviter l’application des procédures légales relatives au transport des déchets.
Les investigations menées par la Guardia Civil ont révélé que ces matériaux, officiellement classés comme déchets, possédaient en réalité une valeur économique importante. Ils peuvent être recyclés et réutilisés dans plusieurs secteurs industriels, notamment la fabrication de composants automobiles, les matériaux d’isolation thermique et acoustique ainsi que l’industrie du mobilier.
Cette affaire relance le débat sur la valorisation des déchets issus de l’industrie textile au Maroc, en particulier dans la région de Tangier-Tetouan-Al Hoceima, qui abrite l’un des principaux pôles industriels du secteur. De nombreux observateurs estiment que le développement de filières locales de recyclage pourrait générer de la valeur ajoutée, créer de nouveaux emplois et réduire les risques liés aux circuits de trafic transfrontaliers.
Le Maroc produit chaque année des dizaines de milliers de tonnes de déchets textiles. Une part importante de ces déchets est encore destinée à l’enfouissement ou à l’incinération, ce qui fait du développement de l’économie circulaire et du recyclage un enjeu environnemental et économique majeur pour les années à venir.
Les enquêtes judiciaires en cours en Espagne devraient permettre d’établir les responsabilités et de déterminer l’étendue éventuelle des activités de ce réseau international opérant entre les deux rives du détroit de Gibraltar.

