Les données officielles révèlent une accélération des transformations démographiques et sociales au Maroc, marquées notamment par le vieillissement de la population, le recul de la fécondité sous le seuil de renouvellement des générations, la diminution de la taille moyenne des ménages, ainsi que le retard de l’âge au premier mariage et la progression du célibat.
Selon le rapport sur les « Indicateurs sociaux du Maroc 2026 », publié par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), la proportion des personnes âgées de 60 ans et plus est passée de 9,4 % en 2014 à 13,8 % en 2024. Dans le même temps, l’indice synthétique de fécondité a reculé à 1,97 enfant par femme, tandis que la taille moyenne des ménages est passée de 4,6 à 3,9 personnes.
Le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus a ainsi atteint près de cinq millions en 2024, contre 3,2 millions en 2014, avec une croissance annuelle moyenne de 4,6 %, soit plus de cinq fois le rythme de croissance de l’ensemble de la population, limité à 0,85 %.
Parallèlement, la part des moins de 15 ans est passée de 28,2 % à 26,5 %, tandis que celle des personnes âgées de 15 à 59 ans a reculé de 62,4 % à 59,7 %. Le taux de dépendance démographique s’est établi à 67,5 % en 2024, sous l’effet combiné de la baisse de la dépendance des enfants et de l’augmentation de celle des personnes âgées.
La fécondité poursuit également sa tendance baissière. Elle est passée de 5,5 enfants par femme en 1982 à 3,3 en 1994, puis à 2,47 en 2004 et 2,22 en 2014, avant d’atteindre 1,97 en 2024, un niveau inférieur au seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1 enfants par femme.
Le taux atteint 1,77 enfant par femme en milieu urbain contre 2,37 en milieu rural. Quatre régions dépassent encore le seuil de renouvellement : Drâa-Tafilalet avec 2,35 enfants par femme, Dakhla-Oued Eddahab avec 2,25, Laâyoune-Sakia El Hamra avec 2,17 et Marrakech-Safi avec 2,13. La région de l’Oriental affiche, à l’inverse, le niveau le plus faible avec 1,73 enfant par femme.
Dans le même temps, le nombre de ménages marocains est passé de 7,31 millions en 2014 à 9,27 millions en 2024, avec une croissance annuelle moyenne de 2,4 %, largement supérieure à celle de la population. Cette évolution s’est accompagnée d’une diminution de la taille moyenne des ménages, de 4,6 à 3,9 personnes.
Le phénomène est également visible dans les structures familiales. Les premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025 indiquent que les ménages nucléaires représentent désormais 73 % de l’ensemble des ménages, contre 60,8 % il y a trois décennies. La proportion des ménages composés d’une seule personne est, elle, passée de 3,9 % en 1995 à 5,9 % en 2025.
L’âge moyen au premier mariage a atteint 28,5 ans en 2024, avec 29 ans en milieu urbain et 27,5 ans en milieu rural. Il s’établit à 32,4 ans chez les hommes contre 24,6 ans chez les femmes. À l’âge de 50 ans, le taux de célibat atteint 9,7 % chez les hommes et 12,4 % chez les femmes, en hausse respectivement de 2,4 et 4,1 points par rapport à 2014.
Sur le plan des mariages, le nombre d’actes enregistrés est passé de 249.100 en 2023 à 239.300 en 2024, soit une baisse de 3,9 %. Les actes de divorce ont également diminué de 5,7 %, passant de 27.800 à 26.200.
Le divorce par consentement mutuel représente désormais neuf actes de divorce sur dix, contre environ un tiers en 2008. Les jugements de divorce judiciaire sont, quant à eux, passés de 67.600 en 2023 à 65.500 en 2024, dont 98,6 % étaient liés à des cas de discorde conjugale.
Au total, les actes de divorce et les jugements de divorce judiciaire ont représenté 91.700 cas en 2024. Les premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025 font ressortir un taux annuel de divorce de 3,6 cas pour 1.000 habitants, contre 4,3 pour 1.000 en milieu urbain et 2,5 pour 1.000 en milieu rural.
L’ensemble de ces indicateurs confirme ainsi une transformation progressive de la structure démographique et familiale du Maroc, caractérisée par le vieillissement de la population, la baisse de la fécondité, le rétrécissement des ménages, le retard du mariage, la progression du célibat et l’essor des familles nucléaires et des personnes vivant seules.

