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    National July 27, 2026

    Représentation politique des Marocains du Monde : « un déni de droit qui doit cesser »

    Rédigé par La rédaction le Lundi 27 Juillet 2026

     

    Entretien avec M. Mohamed Mraizika, Historien, écrivain, chercheur en Sciences Sociales, directeur du Think Tank Focus 212, à l’issue de la rencontre organisée au siège du Haut Commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération.

    Propos recueillis par Taoufiq Boudchiche, Economiste et diplomate.

    Question : Vous avez brillamment animé une rencontre au siège du Haut Commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération à Rabat, ce 25 juillet 2026, dédiée aux MRE. Connaissant votre expertise dans ce domaine, pouvez-vous nous éclairer sur les objectifs de cette rencontre ?

    Réponse : Cette rencontre, qui s’est tenue ce samedi 25 juillet à Rabat, dans un lieu de mémoire et d’histoire à savoir l’espace mémoriel du siège du Haut Commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération, s’est fixée deux grands objectifs :

    1) Décliner, avec la rigueur académique qui s’impose, le sérieux et la franchise nécessaires, les tenants et aboutissants de l’une des questions les plus complexes du dossier de la Jaliya.

    Bien qu’elle ne date pas d’aujourd’hui, cette question reste un objet de polémique et de mécontentement, sans doute au regard de ses enjeux et de ses implications culturelles, politiques et géopolitiques : à savoir la représentation institutionnelle des Marocains du Monde dans leur pays d’origine et de cœur, le Maroc.

    Il s’agit bien là d’une revendication légitime, et non d’un quelconque privilège, qui trouve sa pleine légitimité dans les différents discours de Sa Majesté le Roi depuis le fameux discours du 6 novembre 2005, qui reste pour nous tous une référence majeure et incontournable.

    Cette revendication est également clairement affirmée, avec des principes précis, par la Constitution de 2011 (articles 16, 17, 18, 163, et le chapitre consacré à la bonne gouvernance).

    2) Le second objectif majeur est en fait lié au premier : essayer de comprendre, à l’aide d’intervenants et d’experts confirmés vous êtes vous-même l’un de ceux qui connaissent le mieux cette question, les raisons et les motivations qui font que, malgré ce capital de légitimité d’ordre royal, politique et constitutionnel, la mise en œuvre des principes annoncés et affirmés depuis 2005 reste lettre morte.

    Comment expliquer, dès lors, ce décalage entre des sources autorisées et favorables (discours royaux et loi constitutionnelle) et des politiques publiques frileuses, pour ne pas dire absentes, lorsqu’il s’agit de rendre effectifs les droits politiques et institutionnels de la Jaliya ?

    Est-ce à cause d’une volonté politique délibérée qui s’acharne à rendre impossible ou infaisable cette revendication, envisagée à tort par certains comme un risque pour le pays ? Ce serait pour le moins aberrant.

    Ou bien s’agit-il d’une méconnaissance totale de ce que notre Jaliya, disposant de tous ses droits politiques, civiques et citoyens, est en mesure d’apporter à son pays d’origine en matière de démocratie, de savoir et de savoir-faire, de diplomatie parallèle et culturelle, à l’instar des autres diasporas du monde ?

    Nous observons, en Europe et dans le monde, l’impact des dynamiques politiques et l’importance des rôles clés que jouent les diasporas, avec efficacité, dans leurs pays d’accueil, au profit de leur pays d’origine et pour la préservation de leurs propres intérêts socio-économiques et culturels.

    Il est donc légitime de dire que ce déni de droit qui frappe la Jaliya doit cesser, et qu’il est temps pour les décideurs marocains, de gauche comme de droite, de changer de paradigme.

    Car en privant les six millions de Marocains établis à l’étranger de leurs droits constitutionnels, ils commettent une faute, mais aussi une atteinte à l’égard du Maroc et de son histoire.

    Question : Vous avez donné la parole à des jeunes MRE particulièrement compétents et pertinents dans leurs propos. Le choix de leur profil était-il délibéré dans le cadre de cette rencontre ?

    Réponse : Deux raisons expliquent ce choix. La première est liée à la nature même de la problématique proposée au débat.

    Bien qu’ancienne et ayant déjà fait l’objet de nombreux débats, études et rapports, cette problématique garde des zones d’ombre et reste d’une grande complexité, objet de friction et de polémique.

    L’aborder uniquement par le biais de l’économie, ou bien sous l’angle sentimental et paternaliste porté par des slogans vains (« marhba bikoum fi bladkoum »), c’est passer à côté d’aspects importants et pertinents.

    Nous avons donc tenu à solliciter différentes disciplines pour tenter d’identifier les aspects les plus intéressants, ceux qui permettent de montrer toute la dangerosité de l’exclusion systématique et programmée des Marocains du Monde du champ politique et institutionnel.

    Le choix d’une approche pluridisciplinaire est pertinent, car il permet d’identifier les risques actuels et à venir de cette exclusion, qui touche plus de six millions de Marocains fidèles à leur pays, à ses institutions et à sa monarchie chérifienne.

    Par conséquent, nous avons mobilisé et donné la parole, librement, à de jeunes chercheurs, ingénieurs et universitaires issus de l’immigration marocaine, qui maîtrisent de nouveaux paradigmes et de nouveaux outils d’analyse, en particulier l’intelligence artificielle.

    Nous avons voulu confronter leurs idées avec celles de professeurs et de spécialistes marocains reconnus sur la question de l’immigration marocaine.

    Ce choix vise aussi à les sensibiliser et à les impliquer le plus fortement possible dans la vie publique du pays de leurs parents et grands-parents.

    Ces jeunes sont le produit des grandes écoles et universités techniques et scientifiques européennes, et sont disposés à apporter leur contribution au développement économique et humain du Maroc.

    Nous considérons cette jeunesse comme une richesse inestimable, qu’il serait grave d’ignorer, et plus grave encore de perdre.

    Cette rencontre a été l’occasion, pour les grandes structures associatives et les acteurs de la société civile qui y ont participé, de les écouter et de les accompagner dans leur volonté d’aider leur pays à assurer son essor.

    Question : À la veille de la célébration de la glorieuse Fête du Trône et de la Journée nationale du MRE, célébrée le 10 août, pouvez-vous partager avec les lecteurs quelques messages à ce propos ?

    Réponse : Nos messages sont simples et clairs. Nous appelons à la mobilisation et à l’implication de toutes les bonnes volontés de ce pays, qui porte une histoire millénaire, un pays de lumière et de contrastes, selon les mots d’Eugène Delacroix.

    Nous insistons sur le fait que, quel que soit leur pays de résidence ou leur région d’origine, leur devoir est d’œuvrer aux côtés de Sa Majesté le Roi pour permettre à notre pays de poursuivre, avec résolution, sa dynamique de développement et sa volonté de relever les grands défis géopolitiques dans un monde en mutation permanente.

    Quant à la Journée du 10 août, il faut absolument qu’elle garde l’esprit que Sa Majesté le Roi a bien voulu lui assigner :

    Un moment de débat fructueux et d’échange utile entre les Marocains du Monde et les autorités locales, en vue de faire émerger les besoins et les potentialités de chaque région, et ainsi mobiliser les Marocains du Monde porteurs de projets pour combler les déficits observés en matière de création d’emploi et de production de richesse.

    Faute de quoi, cette journée du 10 août ne tardera pas à tomber dans la banalité et le caricatural.

    Enfin, je voudrais vous remercier d’avoir bien voulu me donner l’occasion de m’exprimer sur cette question délicate. J’en profite pour remercier chaleureusement M. le Haut-Commissaire, Si Mustapha El-Ktiri, pour sa présence et son discours éclairant, ainsi que tous les intervenants venus du Maroc et de différents pays européens (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Italie), et l’assistance.

    Sans oublier les associations et le mouvement Maroc de Demain, qui ont veillé à la bonne organisation et au bon déroulement de la rencontre.

    Encore une fois, merci à vous.

    Lien source : https://www.lodj.ma/Representation-politique-des-Marocains-du-Monde-un-deni-de-droit-qui-doit-cesser_a180413.html

     

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