Dr QORIA Anouar – Medias & politiques intetnationale
Le vendredi 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies a vécu l’un des moments les plus singuliers de son histoire sur la question du Sahara marocain, la Russie a opposé son veto au projet américain, pourtant soutenu par onze membres, le projet alternatif russe est ensuite tombé à son tour, n’ayant recueilli que trois voix face à l’opposition de Washington, la salle s’est vidée sans qu’aucune résolution nouvelle ne soit adoptée. Mais ceux qui croyaient que leur siège permanent faisait d’eux les tuteurs du destin des peuples ont découvert un paradoxe amer : le blocage qu’ils ont eux-mêmes provoqué a produit exactement le résultat qu’ils n’ont pas su empêcher, en politique internationale, la puissance procédurale ne suffit pas à écrire l’issue des choses, le veto peut faire tomber un texte, il ne peut pas remonter les aiguilles de l’histoire.
Pour saisir la portée de l’événement, il faut revenir à l’architecture juridique du moment, la résolution 2797, adoptée par le Conseil le 31 octobre 2025, a fait de l’initiative d’autonomie la base des négociations et prorogé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026, avec l’échec simultané des deux projets, ce mandat expire à minuit le samedi, sans aucun fondement nouveau, la résolution 2797 demeure ainsi le dernier mot du Conseil de sécurité et la référence la plus élevée en vigueur dans ce dossier, consacrant l’autonomie comme seul horizon de solution, tandis que la mission onusienne perd la couverture juridique de sa présence, il y a vide de mandat, mais pas vide de légitimité, car la légitimité en vigueur est celle que le Conseil a formulée il y a un an.
Le calcul russe, lui, s’est retourné contre son auteur, en 2025, Moscou s’était contenté de l’abstention aux côtés de la Chine et du Pakistan. Cette fois, il a choisi le veto pour défendre le maintien du mot «référendum» dans l’intitulé de la mission et la logique du statu quo, c’est-à-dire une carte de pression qui a longtemps servi ceux qui investissent dans la perpétuation du conflit, mais le veto est une arme à double tranchant en faisant tomber le texte américain, la Russie a fait tomber avec lui la prorogation qu’il contenait, avant de voir son propre projet isolé par l’abstention de onze membres, ce qui devait être un atout s’est mué en aveu d’isolement, et la défense de la MINURSO est devenue la cause directe de sa fin.
En face, Washington a agi en porte-plume qui refuse le retour à la case départ, son représentant, Mike Waltz, a exprimé un rejet sans équivoque de l’immobilisme, estimant que la résolution 2797 avait tranché la question du cadre de négociation, et fustigeant l’attachement à une lettre symbolisant un référendum que les Nations unies elles-mêmes ne préparent plus depuis des décennies, en s’opposant au projet russe, les États-Unis ont fermé la porte à toute prorogation technique qui aurait reconduit le statu quo, en diplomatie, il n’existe pas de véritable surprise, les positions se lisent avant d’être annoncées, et Rabat savait que l’équation du double blocage pouvait mener à cette issue, elle s’y est préparée au lieu de l’attendre.
C’est ici que se révèle toute la force du communiqué du Cabinet royal, publié quelques heures seulement après le vote, alors que les lectures médiatiques étaient submergées par l’émotion et interprétaient le veto russe comme un revers. Bref, dense, d’une rédaction millimétrée, le communiqué a fixé l’angle de lecture avant que les récits adverses ne s’installent, présentant le non-renouvellement comme une évolution majeure et une étape décisive vers le règlement définitif du dossier au sein des instances onusiennes, voilà la gouvernance dans sa forme la plus aboutie, transformer l’échec procédural des autres en victoire politique pour soi, et s’emparer de l’interprétation de l’événement avant que l’adversaire ne s’en saisisse.
Le communiqué ne s’en tient pas au constat, il trace une feuille de route claire, le non-renouvellement signifie que la présence de la mission dans les provinces du Sud, à travers ses personnels, ses véhicules, ses équipements et ses symboles, doit prendre fin dans les prochains jours, et qu’une page de trente-cinq ans est désormais tournée, il va plus loin en affirmant que le dossier doit être retiré de l’ordre du jour du Conseil de sécurité, plus de réunions périodiques, plus de rapports du Secrétaire général, plus de briefings de son Envoyé personnel, c’est la fin de l’internationalisation sous toutes ses formes, et la fin d’un processus onusien dont le communiqué impute l’enlisement aux atermoiements des autres parties et à leur obstination à entretenir le blocage.
Le communiqué porte aussi un message stratégique qui dépasse New York, en annonçant que des démarches similaires seront prochainement engagées au sein d’autres instances onusiennes, au premier rang desquelles la Quatrième Commission, longtemps tribune d’un récit de décolonisation, la place de l’autonomie s’en trouve radicalement transformée, elle n’est plus une proposition de négociation parmi d’autres options, mais le seul cadre de règlement, appuyée par plus des deux tiers des États membres des Nations unies, dont des membres permanents et des puissances internationales influentes, le Maroc ne réclame pas une reconnaissance nouvelle, il tire les conséquences logiques d’une reconnaissance acquise.
L’une des intelligences majeures du communiqué réside dans la distinction qu’il opère entre deux registres que les adversaires cherchent toujours à confondre, celui de la souveraineté et celui de la sécurité régionale, la fin du processus onusien ne signifie pas l’abandon du cessez-le-feu, dans le plein respect de l’intégrité territoriale du Royaume et de sa sécurité nationale, par cette formulation, Rabat prive ses adversaires de tout prétexte à l’escalade et se présente comme un État responsable qui tranche la question de la souveraineté sans ouvrir la porte à l’aventure, la résolution 2797 demeurant la référence sur laquelle le Maroc fonde la défense légitime de ses provinces, c’est l’équation de la fermeté sereine, rigueur sur le principe, discipline dans les moyens.
La coïncidence de cette évolution avec la «Fête de l’Unité» n’a rien d’un hasard de calendrier, le communiqué la rattache à la rupture voulue par Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieur l’assiste, dans l’approche du dossier, au passage d’une logique de gestion à une démarche fondée sur la transformation profonde de ses déterminants, c’est ce qui explique le glissement de la médiation onusienne vers les relations bilatérales et régionales et les partenariats internationaux, la conversion des soutiens politiques en partenariats économiques et institutionnels concrets, et la réflexion engagée dès à présent sur l’organisation de l’après-règlement, les provinces du Sud sont aujourd’hui un espace d’investissement, de grandes infrastructures et d’ouverture atlantique, et le développement y constitue un argument plus puissant que n’importe quel texte onusien.
Au bout du compte, cette journée offre une leçon de science politique avant d’être un épisode diplomatique, la puissance ne se mesure pas au siège que l’on occupe, mais à la capacité de lire le temps et de convertir la force des autres en atout pour soi, certains ont cru que le droit de veto leur accordait le dernier mot, le dernier mot est venu de Rabat, dans un communiqué de quelques paragraphes qui a réordonné toute la scène, le double veto a fait tomber deux textes, mais il n’a pas fait tomber une vérité, aujourd’hui plus solide que jamais, le Maroc est dans son Sahara, et le Sahara est dans son Maroc.

