Dr QORIA Anouar – Medias & politiques intetnationale
Il est des voix dont le poids tient moins à la force de l’argument qu’à l’autorité de celui qui le porte, celle de Julian Harston appartient à cette catégorie rare, diplomate britannique chevronné, ancien Sous-secrétaire général des Nations unies et Représentant spécial du Secrétaire général à la tête de la MINURSO de 2007 à 2009, il a observé de l’intérieur les rouages d’une mission dont il connaît chaque ressort, dans un texte au titre évocateur, « La fin de la MINURSO, ma dernière mission onusienne », publié alors que la mission entre dans sa phase de liquidation, il appelle sans détour à sa fermeture définitive et qualifie de dépassé un dispositif hérité d’une autre époque, venant d’un homme qui en a dirigé les opérations, ce jugement prend la valeur d’un témoignage historique.
Le premier enseignement de cette prise de position touche au cœur même du mandat originel, selon Julian Harston, la quasi-totalité des missions confiées à la MINURSO en 1991 ont perdu leur pertinence, et le référendum n’a jamais constitué une perspective réalisable, ce constat rejoint, avec une remarquable convergence, la lecture que Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, a toujours défendue en reléguant cette option au rang d’un lexique révolu, il fait également écho aux propos du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qui soulignait que la présence de la mission ne reflétait plus la réalité du terrain, quand l’ancien responsable onusien et la diplomatie marocaine aboutissent à la même conclusion, c’est la vérité des faits qui s’impose.
Le deuxième apport de ce témoignage réside dans la clarté avec laquelle il désigne les responsabilités, Julian Harston rappelle que le cessez-le-feu n’a jamais été véritablement accepté par le polisario ni par l’algérie, et il décrit cette dernière comme un acteur qui a constamment entravé la recherche d’une solution, il met en lumière une réalité humaine que la communauté internationale ne peut plus ignorer, le maintien de milliers de Sahraouis dans les camps de Tindouf, dans des conditions qu’il juge inacceptables, cette situation, selon lui, impose aux Nations unies de repenser en profondeur leur approche, en passant d’une logique de statu quo à une logique de règlement.
Le troisième enseignement est sans doute le plus décisif, pour l’ancien chef de la MINURSO, l’autonomie sous souveraineté marocaine constitue la solution unique, cette affirmation revêt une portée particulière, car Julian Harston dirigeait la mission au moment même où le Royaume présentait son initiative d’autonomie aux Nations unies, en 2007, il a donc vu naître cette proposition, il en a mesuré la sincérité et, près de vingt ans plus tard, il en confirme la pertinence, la résolution 2797, qui a érigé le plan marocain en base des négociations, puis la non-reconduction du mandat de la MINURSO ont donné raison à cette vision construite avec patience et constance.
Au fond, le témoignage de Julian Harston vient refermer un cycle, la diplomatie marocaine a remporté une série de succès, soutien croissant des grandes puissances, consulats ouverts à Laâyoune et à Dakhla, fin d’une mission devenue anachronique, désormais, ce sont aussi ceux qui ont servi l’ONU au plus haut niveau qui témoignent en sa faveur, le Maroc n’a pas imposé son point de vue, il l’a fait reconnaître par la force du réalisme et du droit, fidèle à sa tradition de sagesse et de main tendue, le Royaume invite aujourd’hui l’ensemble des parties à saisir ce moment pour bâtir, dans le cadre de l’autonomie, un avenir de dignité, de stabilité et de prospérité partagée pour toute la région maghrébine.

