Dr QORIA Anouar – Medias & politiques intetnationale
La soirée du vendredi 30 octobre 2026 au Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas été un simple vote sur la prolongation du mandat de la MINURSO, ce fut un véritable moment de clarification entre deux camps, celui qui veut clore un conflit artificiel vieux d’un demi-siècle, et celui qui se nourrit de sa prolongation, le projet de résolution américain, qui ouvrait la voie à la consécration de la souveraineté marocaine sur le Sahara sur la base de l’initiative d’autonomie, a recueilli le soutien de onze membres, dont trois puissances permanentes les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, face à eux, la Russie s’est retrouvée seule dans le camp du refus et a brandi son droit de veto pour faire tomber un texte qui reflétait une large volonté internationale, Rabat a pourtant su transformer ce blocage en opportunité, le Cabinet royal a pris acte de la fin du mandat de la mission onusienne, tout en réaffirmant l’attachement indéfectible du Maroc au cessez-le-feu, le Royaume est ainsi apparu comme un État sûr de son droit, et non comme une partie suspendue aux décisions des autres.
La réaction la plus vigoureuse est venue de Washington, par la voix de Joe Wilson, figure influente du Parti républicain et représentant de la Caroline du Sud à la Chambre des représentants, pour lui, il fallait bien sûr s’attendre à ce veto russe contre une résolution largement soutenue et frappée au coin du bon sens, le parlementaire ne s’est pas contenté de condamner, il a posé les deux questions essentielles, quel est l’objectif de la Russie, et à qui profite le blocage ? L’objectif, selon lui, est de déstabiliser davantage l’Afrique, les bénéficiaires sont Moscou, l’Algérie, qu’il qualifie de “marionnette” du Kremlin, l’Iran, et le Front Polisario, qu’il présente comme soutenu par Alger et formé par Hizbollah, cette lecture traduit un tournant majeur dans la manière dont le Congrès appréhende le dossier, le Sahara n’y est plus perçu comme un différend régional périphérique, mais comme un front de la confrontation entre l’axe de la stabilité et celui du chaos.
La force de la position de Joe Wilson tient à ce qu’elle fait passer l’affrontement du registre des communiqués diplomatiques à celui des instruments concrets, il appelle à inscrire le Polisario sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTO), il demande aussi des sanctions contre l’Algérie au titre de la loi CAATSA, en raison de l’arsenal russe qu’elle accumule, le message est clair, s’opposer à l’intégrité territoriale du Maroc pourrait désormais avoir un coût sécuritaire et économique, et plus seulement politique, surtout, cette prise de position n’a rien d’un coup de colère ponctuel, le parlementaire américain avait déjà formulé la même exigence en septembre dernier, à l’issue de ses entretiens avec le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, cela témoigne d’un travail diplomatique marocain patient au cœur du pouvoir législatif américain, et d’un réseau de soutiens qui dépasse les alternances d’une administration à l’autre, mais la solidité de la position marocaine ne se résume pas à une voix au Congrès, elle repose sur un capital cumulé de partenariats stratégiques que Rabat a construits avec méthode et discrétion, Washington reconnaît la marocanité du Sahara depuis 2020 et tient aujourd’hui la plume sur ce dossier au Conseil de sécurité, son ambassadeur, Mike Waltz, a d’ailleurs salué un projet porteur d’étapes historiques vers la fin d’un conflit vieux de cinquante ans, Paris s’est clairement rangé derrière l’approche de l’autonomie, et Londres lui a emboîté le pas, un an plus tôt, la résolution 2797 avait déjà érigé l’initiative marocaine en base la plus réaliste d’un règlement, un veto isolé ne saurait effacer ce capital, les acquis engrangés dans les grandes capitales demeurent, quel que soit le sort d’un vote particulier, paradoxalement, le veto russe a produit l’inverse de ce qu’espéraient ses auteurs, Moscou, qui entendait maintenir la mission dans sa forme traditionnelle, a fini isolée au sein du Conseil, son projet alternatif n’ayant pas non plus obtenu les voix nécessaires, avec lui s’est effondré le cadre institutionnel qui entretenait depuis plus de trois décennies l’illusion du référendum, alger et le polisario, qui avaient célébré le veto, se retrouvent désormais face à une réalité nouvelle, ils ont perdu la couverture onusienne qu’ils exploitaient depuis longtemps pour geler le dossier, le Maroc, lui, s’est imposé comme l’acteur le plus discipliné et le plus responsable, il a accueilli la fin du mandat sans renoncer à aucun de ses engagements sécuritaires.
La principale leçon de cet épisode est que l’intégrité territoriale ne se défend pas uniquement par le droit historique, elle se défend aussi par la capacité à bâtir des alliances solides, qui transforment ce droit en une équation internationale difficile à contourner, Rabat a démontré qu’elle disposait de cette capacité, et ses partenaires à Washington, Paris et Londres ont montré qu’ils étaient prêts à défendre sa vision au sein des institutions internationales comme en dehors, quant à l’algérie, elle fait face à un choix que Joe Wilson a résumé sans détour, elle pourrait bâtir un avenir bien meilleur si ses dirigeants choisissaient de soutenir un avenir prometteur plutôt que le terrorisme, la question n’est donc plus celle de la marocanité du Sahara, c’est celle du temps pendant lequel ses adversaires continueront à payer le prix d’un pari perdu face à l’histoire.

