- La Mauritanie et la question de notre intégrité territoriale
La place qu’occupe la Mauritanie dans la question du Sahara marocain constitue l’une des clés majeures pour comprendre les mutations géopolitiques en Afrique du Nord-Ouest. Son parcours dans ce dossier n’a jamais été isolé des dynamiques de la géographie politique ni des transformations de l’ordre international.
Depuis sa participation à l’Accord de Madrid en 1975 aux côtés du Maroc et de l’Espagne, sous l’égide du secrétaire d’État américain de l’époque Henry Kissinger, dans un contexte international marqué par les équilibres de la guerre froide, la Mauritanie est apparue comme un acteur direct dans la gestion de la phase de transition ayant suivi le retrait espagnol. Cette implication traduisait une conscience des continuités socio-tribales entre le nord mauritanien et l’Oued Eddahab, ainsi que des enjeux sécuritaires liés à la préservation de sa profondeur stratégique et à la prévention de toute reconfiguration de l’espace saharien susceptible de perturber ses équilibres internes.
Son retrait en 1979 a toutefois redéfini son rôle. Par cette décision, Nouakchott cherchait, comme elle l’avait déclaré à l’époque, à préserver des relations équilibrées avec Rabat et Alger selon une logique de « neutralité préventive », tout en ayant pleinement conscience que la stabilité du Sahara constitue une condition objective de sa propre stabilité intérieure.
- De Madrid à Madrid
L’histoire semble aujourd’hui se répéter avec la récente rencontre de Madrid, tenue sous parrainage américain et onusien, à un moment où la question de notre intégrité territoriale est entrée dans une nouvelle phase. Le tournant international de 2020, marqué par la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, a renforcé l’option d’une solution politique réaliste fondée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine et réinscrit le conflit dans des équilibres stratégiques plus larges liés à la sécurité régionale et à l’espace atlantique.
- Des rôles stratégiques dans une nouvelle géopolitique
Dans ce contexte, la Mauritanie est appelée à jouer des rôles prometteurs et constructifs dans le cadre de la proposition marocaine d’autonomie, non seulement en tant qu’État voisin, mais aussi en tant que partenaire historique et espace humain et culturel profondément imbriqué avec le Sahara marocain.
- Si l’autonomie venait à s’imposer comme solution définitive, elle ouvrirait pour la Mauritanie des perspectives stratégiques à plusieurs niveaux.
Sur le plan sécuritaire, elle permettrait de stabiliser sa frontière nord et de renforcer la protection de l’espace maghrébo-sahélien face aux infiltrations des groupes armés, allégeant ainsi la pression qu’elle subit dans un environnement régional marqué par les menaces sahéliennes.
Sur le plan économique, elle favoriserait la relance des axes routiers et logistiques reliant le Maroc, la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest, tout en consolidant l’intégration de l’espace atlantique, ce qui positionnerait Nouakchott comme un carrefour naturel entre le Maghreb et son prolongement subsaharien.
Sur le plan du développement, la Mauritanie pourrait bénéficier de la dynamique d’investissement et des infrastructures des provinces du Sud dans le cadre de partenariats trilatéraux ou multilatéraux associant le Maroc, la Mauritanie et les pays du Sahel.
- La Mauritanie et la relance du projet maghrébin
Dans la perspective d’une relance du projet d’unité maghrébine, longtemps en suspens, la Mauritanie apparaît aujourd’hui comme l’État le mieux placé pour jouer un rôle moteur, compte tenu de la spécificité de ses liens historiques, tribaux, ethniques et culturels avec le Maroc et son Sahara.
L’imbrication humaine et sociale entre les deux espaces, les prolongements familiaux, ainsi que les références spirituelles et culturelles communes confèrent à sa position une singularité objective par rapport à d’autres pays de la région. Elle peut ainsi devenir un véritable pont stratégique entre l’espace maghrébin et la profondeur africaine via le Sahel, reconnectant le projet maghrébin à sa dimension africaine et le sortant de l’immobilisme qui l’a caractérisé pendant des décennies.
L’évolution fonctionnelle de la Mauritanie dans ce dossier — d’un partenariat direct en 1975 à un retrait stratégique, puis à une neutralité pragmatique, et enfin à un repositionnement dans le contexte de la nouvelle dynamique internationale — la place aujourd’hui face à une opportunité historique de redéfinir son rôle régional.
En soutenant une solution politique réaliste, elle ne serait plus seulement un acteur affecté par l’issue du conflit, mais un contributeur à la reconfiguration de l’espace maghrébo-atlantique et à son articulation avec l’Afrique subsaharienne, consolidant ainsi son statut d’État pivot dans l’équation de la stabilité régionale et du développement partagé.
- Des perspectives positives pour les relations maroco-mauritaniennes
Dans cette optique, les relations entre le Maroc et la Mauritanie sont appelées à connaître un renforcement et un approfondissement aux niveaux politique, sécuritaire, économique et culturel.
Il convient de souligner la relation de confiance et d’amitié solide entre le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui n’a cessé de mettre en avant, dans ses discours et initiatives, la profondeur des liens fraternels unissant le Maroc à la Mauritanie, ainsi que le rôle central de celle-ci dans la consolidation de la sécurité, de la stabilité et des perspectives de coopération au Maghreb, tout en renforçant les ponts avec les pays du Sahel.
Si cette conscience stratégique commune se traduit par des initiatives concrètes et des projets intégrateurs, elle pourrait ouvrir une nouvelle page dans les relations bilatérales et en faire un levier majeur pour la construction d’un espace maghrébo-africain plus stable, solidaire et prospère.
- Le rôle de la Mauritanie dans le retour et la réintégration des réfugiés
En raison de sa structure tribale et ethnique étroitement liée à l’espace saharien, la Mauritanie peut jouer un rôle socio-humanitaire de premier plan dans la réunification des familles de la région, tant les liens de sang, les attaches culturelles et les références spirituelles dépassent les frontières politiques contemporaines.
Historiquement, l’espace saharien n’a jamais été fragmenté, mais constitué un espace de mobilité où se croisaient les prolongements tribaux et les relations familiales entre le nord mauritanien et le Sahara marocain. Cela fait de Nouakchott un acteur naturel dans tout processus visant à reconstruire le tissu social affecté par un conflit prolongé et à l’intégrer dans les perspectives qu’offre l’intégrité territoriale du Maroc.
Dans ce cadre, la Mauritanie pourrait contribuer à faciliter le retour des réfugiés des camps de Tindouf, non seulement par des approches politiques, mais aussi grâce à son capital social et symbolique au sein de la structure tribale commune, renforçant ainsi la confiance et préparant les conditions d’une réconciliation sociale.
Les liens familiaux transfrontaliers, les appartenances partagées et les référents culturels et religieux communs constituent autant de leviers pour une approche humanitaire progressive favorisant un retour volontaire et une intégration harmonieuse dans les différents domaines de la vie économique et sociale garantis par l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine.
La contribution de la Mauritanie à ce processus pourrait lui conférer un rôle central dans la reconstruction sociale de l’espace saharien, au-delà des logiques d’alignement politique, en rétablissant les liens entre familles et tribus et en réactivant les réseaux traditionnels de solidarité qui ont toujours caractérisé la société saharienne.
La réintégration ne doit donc pas être réduite à ses dimensions administratives ou économiques, mais comprise comme un processus social et culturel profond fondé sur la réconciliation communautaire et la restauration des liens humains fondamentaux.
Cette dimension socio-humanitaire complète les rôles sécuritaires et économiques que la Mauritanie peut assumer dans la consolidation d’une solution politique définitive, lui conférant une position singulière d’acteur fédérateur plutôt que partie prenante dans les logiques de polarisation.
À mesure que les perspectives de stabilité politique se renforcent, la reconstruction du tissu social devient une possibilité concrète, ouvrant la voie à la transformation de l’espace maghrébo-sahélien d’une zone de conflit prolongé en un espace de coopération et d’intégration fondé sur l’histoire commune, les liens de parenté et la communauté de destin.
Mouvement Maroc de Demain – Paris
27 février 2026

