Dr QORIA Anouar – Medias & politiques intetnationale
La réunion de travail présidée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, le 4 novembre 2026, au Palais royal de Rabat, marque bien davantage qu’une simple étape dans le suivi de la question du Sahara marocain, elle semble inaugurer un changement de paradigme dans la conduite de ce dossier stratégique, en consacrant le passage d’une gestion essentiellement diplomatique et multilatérale à une approche souveraine, institutionnelle et territoriale, davantage orientée vers l’action et la mise en œuvre, le signal politique le plus significatif réside notamment dans la configuration des responsables présents à cette réunion, où les départements chargés de la sécurité nationale, de l’administration territoriale et de la défense occupent une place centrale, l’absence du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, ne saurait, à elle seule, être interprétée comme un désengagement diplomatique du Royaume, mais elle traduit une évolution dans la nature du pilotage politique du dossier, le Sahara marocain n’est plus seulement une question à défendre dans les enceintes internationales, il est aussi et surtout un territoire dont la souveraineté doit se traduire par des politiques publiques, des institutions opérationnelles et des réalisations concrètes.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte international profondément renouvelé, marqué par l’essoufflement du dispositif onusien traditionnel et par la fin des fonctions de la MINURSO, à la suite du non-renouvellement de son mandat par le Conseil de sécurité, selon les termes du communiqué royal, sans signifier la disparition de toute dimension internationale de la question, cette nouvelle configuration réduit mécaniquement la centralité du mécanisme qui avait longtemps structuré la gestion du dossier, le Maroc semble ainsi considérer qu’une séquence historique s’achève et qu’une autre doit désormais s’ouvrir, fondée sur la consolidation des acquis diplomatiques et leur traduction dans l’organisation concrète du territoire, la portée stratégique de cette transition est considérable, après avoir consacré une énergie politique et diplomatique importante à faire reconnaître la pertinence de son initiative d’autonomie et la souveraineté marocaine sur le Sahara, le Royaume entend désormais donner une nouvelle profondeur à cette dynamique en privilégiant les instruments de gouvernance, de développement et d’intégration territoriale.
Le choix de confier au Bureau de coordination avec la MINURSO, relevant du ministère de l’Intérieur, les missions d’accompagnement de la liquidation et du retrait de la mission onusienne constitue, à cet égard, un indicateur institutionnel particulièrement révélateur, il traduit une volonté de maîtriser cette transition dans un cadre administratif national, organisé et respectueux des engagements internationaux du Maroc, le centre de gravité opérationnel se déplace ainsi vers les institutions chargées de l’administration territoriale et de la continuité de l’action publique, cette orientation ne signifie pas que la diplomatie marocaine renonce à son rôle, ni que le Royaume se retire de ses responsabilités internationales, elle indique plutôt que la diplomatie a vocation à accompagner et à protéger une nouvelle dynamique dont le moteur principal devient désormais interne, autrement dit, il ne s’agit plus uniquement de convaincre les partenaires internationaux de la pertinence d’une solution politique, mais de préparer les conditions institutionnelles, administratives et territoriales de son déploiement effectif, dans le respect des décisions souveraines du Royaume et de ses engagements internationaux, c’est précisément à ce niveau que le projet d’autonomie prend une dimension nouvelle, le passage à une logique de développement territorial implique de dépasser le registre déclaratif pour entrer dans celui de l’ingénierie institutionnelle, de la planification économique et de la gouvernance de proximité, les provinces du Sud sont appelées à devenir le terrain privilégié de cette nouvelle séquence, à travers la poursuite des grands projets structurants, le renforcement des infrastructures, la diversification du tissu productif, la création d’emplois et l’amélioration des services publics, mais l’enjeu dépasse largement la dimension économique, il s’agit de faire du développement un instrument de consolidation de la souveraineté, en associant davantage les populations locales à la gestion de leurs affaires territoriales et en renforçant les mécanismes de participation, de responsabilité et de représentation, dans cette perspective, l’autonomie ne doit pas être appréhendée uniquement comme une proposition de règlement politique, mais comme un horizon de gouvernance dont les fondements peuvent progressivement se construire à travers des institutions efficaces et une dynamique territoriale inclusive… La dimension sécuritaire et la stabilité régionale demeurent, parallèlement, au cœur de cette nouvelle architecture stratégique, en réaffirmant son attachement au cessez-le-feu, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste, distingue clairement la consolidation de la souveraineté nationale de toute logique d’escalade militaire, le Maroc entend ainsi préserver une doctrine de responsabilité, fondée sur la défense de son intégrité territoriale, la protection de ses citoyens et le respect de ses engagements internationaux, cette posture est d’autant plus importante que la fin d’une mission onusienne ne saurait, en elle-même, constituer une garantie automatique de stabilité, elle exige au contraire une vigilance accrue, une coordination institutionnelle rigoureuse et une capacité permanente d’anticipation face aux évolutions régionales, le message royal établit donc un équilibre stratégique entre fermeté souveraine, continuité de l’engagement pacifique et maîtrise des transformations institutionnelles, il rappelle également que la recherche d’une solution politique définitive ne peut être dissociée de la préservation de la paix et de la sécurité dans l’ensemble de la région.
Au fond, le 4 novembre 2026 pourrait être retenu comme le moment où le Maroc amorce le passage d’une diplomatie de reconnaissance à une stratégie de concrétisation territoriale, après une séquence durant laquelle les soutiens internationaux à la souveraineté marocaine et à l’initiative d’autonomie ont progressivement renforcé la position du Royaume, l’enjeu consiste désormais à transformer ce capital diplomatique en réalité institutionnelle, économique et sociale, le choix royal traduit ainsi une volonté de reprendre pleinement la maîtrise du calendrier et des instruments de la prochaine étape, sans dépendre exclusivement des temporalités et des mécanismes multilatéraux qui ont longtemps encadré le dossier, la véritable portée de cette décision réside dans cette mutation, faire du Sahara marocain non plus seulement un sujet de négociation internationale, mais un espace de projection de la souveraineté, de modernisation de l’État et de développement stratégique, la page qui s’ouvre ne signifie donc pas la fin de la diplomatie, mais le passage à une diplomatie adossée aux faits accomplis du développement, où la légitimité politique se consolide aussi par la capacité à gouverner, à investir et à construire durablement.

