Dr QORIA Anouar – Medias & politiques intetnationales
La question du Sahara marocain entre dans une nouvelle séquence politique et diplomatique, marquée par l’évolution des positions internationales et par la consolidation continue de la présence institutionnelle et effective du Maroc dans ses provinces du Sud, depuis plusieurs décennies, le Royaume y exerce ses prérogatives souveraines à travers ses institutions constitutionnelles, ses collectivités territoriales et ses représentants élus, avec une participation active des populations locales à la gestion de leurs affaires, cette réalité politique, institutionnelle et démocratique, ancrée dans le quotidien des habitants, constitue désormais un élément incontournable de toute lecture sérieuse de ce dossier, á mesure que s’éloigne le cadre diplomatique qui a longtemps entretenu le conflit, une interrogation s’impose, sommes-nous à l’aube de la clôture définitive d’un contentieux dont l’instrumentalisation régionale a trop longtemps retardé le dénouement ?
La fin annoncée des missions de la MINURSO, si elle se confirme dans les termes évoqués, ouvrirait incontestablement une nouvelle étape dans le traitement international du dossier, au-delà du langage diplomatique habituel des Nations unies, souvent soucieux de ménager les sensibilités des différentes parties, l’essentiel réside dans l’évolution du rapport de force politique et dans la reconnaissance progressive d’une réalité institutionnelle installée sur le terrain, les formules consacrées relatives aux droits et aux principes onusiens ne sauraient, à elles seules, masquer les transformations profondes intervenues dans les provinces du Sud, le Maroc a investi dans leur développement, renforcé leur intégration institutionnelle et fait de leurs élus des acteurs à part entière de la vie politique nationale, l’heure est donc venue de dépasser les postures héritées de la guerre froide et de regarder lucidement les perspectives d’une solution durable, mais si le dossier du Sahara marocain devait effectivement entrer dans sa phase de clôture internationale, une question autrement plus dérangeante se poserait alors à Alger, l’Algérie aura-t-elle enfin le courage politique de libérer les populations retenues dans les camps de Tindouf? Car derrière la rhétorique humanitaire et les discours inlassablement ressassés sur le droit à l’autodétermination, demeure une interrogation fondamentale sur le statut réel des personnes vivant dans ces camps, sur leur liberté de circulation, leur possibilité de choisir leur avenir et leur droit de décider librement de leur lieu de résidence, peut-on continuer à parler de réfugiés au sens plein du terme lorsque leur liberté individuelle et leur capacité à quitter les camps sont précisément au cœur des interrogations soulevées depuis des décennies ? La communauté internationale ne peut éternellement éluder cette question, ni se satisfaire de déclarations de principe sans exiger des garanties concrètes sur les droits fondamentaux de ces populations.
Il est dès lors légitime de s’interroger sur la véritable fonction politique que les autorités algériennes assignent à ces camps, ne sont-ils pas devenus, au fil du temps, un instrument de pression diplomatique, un levier de mobilisation internationale et un moyen de maintenir artificiellement en vie un conflit dont l’intérêt stratégique dépasse largement la question des populations concernées, l’hypothèse mérite d’être posée sans détour, les habitants de Tindouf ne seraient-ils pas, avant tout, les otages d’une stratégie régionale qui les prive de la maîtrise de leur propre destin ? Pendant que les discours officiels invoquent inlassablement le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ces mêmes populations attendent toujours de pouvoir exercer pleinement leurs libertés individuelles, notamment celle de choisir librement où vivre et quel avenir construire, il y aurait là une contradiction politique et morale majeure que les défenseurs autoproclamés de leur cause ne peuvent indéfiniment esquiver, c’est précisément à ce niveau que la responsabilité de l’Algérie devient incontournable, si Alger affirme défendre les droits des populations de Tindouf, elle doit commencer par leur garantir ces droits dans les faits, en permettant un recensement transparent, en assurant leur protection effective et en garantissant leur liberté de circulation, y compris leur droit de quitter les camps sans intimidation ni entrave, la fin du cadre diplomatique qui a entretenu le conflit devrait logiquement conduire à une réévaluation du statut de ces populations et à la recherche de solutions humaines, durables et respectueuses de leur dignité, l’Algérie peut-elle accepter que ces hommes, ces femmes et ces enfants cessent d’être les instruments d’une confrontation géopolitique ? Ou entend-elle maintenir indéfiniment une situation dont le prolongement sert davantage ses ambitions régionales que les aspirations réelles des personnes concernées ? la question n’est plus seulement diplomatique, elle est désormais politique, humanitaire et morale.
En définitive, le véritable test de crédibilité de la position algérienne ne résidera pas dans la répétition de slogans sur le droit à l’autodétermination, mais dans sa capacité à traduire ce principe en libertés concrètes pour les populations de Tindouf, le rêve d’imposer au Maroc un fait politique contraire à sa souveraineté semble, aux yeux de Rabat, avoir perdu l’essentiel de ses perspectives diplomatiques, mais les populations des camps, elles, ne peuvent rester prisonnières d’un conflit dont elles supportent le coût humain depuis des générations, si le dossier du Sahara marocain change définitivement de chapitre sur la scène internationale, il faudra bien ouvrir celui de la liberté des habitants de Tindouf, alors, une question simple, directe et incontournable restera posée à Alger, maintenant que le Sahara marocain n’est plus le terrain de jeu diplomatique qu’elle espérait, que compte-t-elle faire de ceux qu’elle a longtemps présentés au monde comme les bénéficiaires de son engagement ? le dossier du Sahara marocain a changé d’époque, il est temps que les habitants de Tindouf retrouvent, eux aussi, le droit d’avoir un avenir.
Suivez MarocMag
Bientôt disponible

